Triple Frontière : Notre critique

Pour son nouveau long-métrage, J.C. Chandor regroupe un casting monumental dans un projet financé par Netflix. Ce dernier, répondant au nom de « Triple Frontière », se vend comme un thriller de prime abord classique, mais se révèle finalement très surprenant dans son exécution.

Les vieux fourneaux

Annoncé depuis 2010, « Triple Frontière » a connu un développement laborieux avant d’enfin parvenir sur nos écrans. Initialement dirigé par Kathryn Bigelow, célèbre réalisatrice de « Démineurs » ou « Detroit », le projet vint finalement aux mains de J.C. Chandor. Le casting fut, lui aussi, sujet à de nombreux débats. Ainsi, Johnny Depp, Will Smith, Casey Affleck ou encore même Tom Hanks furent longtemps évoqués avant que le choix se porte tout compte fait sur Oscar Isaac, Ben Affleck, Charlie Hunnam, Garret Hedlund et Pedro Pascal. Malheureusement, lorsque le projet semble enfin sur la bonne voie, Paramount renonce à son financement. Alors que « Triple Frontière » semblait voué à disparaître, Netflix vint alors le sauver in extremis, en offrant au cinéaste américain les moyens de ses ambitions.

L’intrigue de « Triple Frontière« , relatant le braquage du repère d’un grand narcotrafiquant sud-américain par d’anciens militaires, est a priori celle d’un actionner extrêmement classique mais c’était évidemment sans compter sur l’écriture maligne de Mark Boal (scénariste de « Démineurs » et « Zero Dark Thirty ») et les précédents travaux de J.C. Chandor. Ainsi, le réalisateur moraliste renoue avec ses thèmes récurrents, en amenant l’oeuvre vers des directions surprenantes et en jouant avec les codes du genre. De ce fait, le braquage intervient très rapidement et laisse la place à un road-movie existentiel, où le cinéaste étudie la psyché tourmentée de ces hommes. A travers ce parti-pris, il parvient à insuffler un nouveau souffle et une profondeur insoupçonnée à ses protagonistes.

Le casting n’est pas là uniquement pour vendre, mais sert le propos général de l’oeuvre. A travers ces anciens militaires, Chandor amène à une critique acerbe de l’Amérique, dont les fondations sont basées sur des millions de cadavres. Les différents personnages ne sont finalement pas les héros du récit et constituent même une véritable menace, lors de certaines séquences bouleversantes. Au fil du récit, la descente aux enfers est progressive et tous doivent faire face aux conséquences de leurs actes. Sans code moral, ne reste plus que leur comportement impulsif, reflet de leur pays respectif. Tom ‘Redfly’, incarné avec brio par Ben Affleck, est d’ailleurs le plus fascisant de tous : Un père de famille perdu dont l’appât du gain va faire ressortir les instincts les plus primaires.

L’excellente qualité de l’écriture nous fera d’autant plus regretter son climax, particulièrement convenu. Ce dernier se révèle quasiment hors propos tant il s’obstine à vouloir offrir une rédemption à ses personnages et casse la dramaturgie, parfaitement huilée jusque-là.

Sous le soleil des tropiques

Comme dit auparavant, le cinéaste américain aime détourner les codes du genre qu’il emploie. Cela s’applique donc aussi à sa mise en scène. Avec « Triple Frontière » prouve une bonne fois pour toutes son talent. Du braquage de Lorea (le narcotrafiquant) à l’excursion chez les cultivateurs de coca, le réalisateur impose à chaque instant un savoir-faire visuel indéniable, lui permettant de construire une tension constante.

C’est véritablement dans ses séquences plus posées que le long-métrage s’éveille véritablement, en proposant des compositions sublimes. La photographie très réussie de Roman Vasyanov (« Suicide Squad », « Bright ») vient aussi capter à merveille la beauté de ces jungles luxuriantes ou montagnes enneigées. On pourra évidemment pester sur certains effets spéciaux un peu ratés mais l’ensemble fait tout de même preuve d’une esthétique impeccable et confirme la virtuosité de Chandor. 

Comme dit auparavant, le casting était, de même, très alléchant. Force est de constater que le résultat est à la hauteur des attentes. Tous sont excellents et représentent à merveille les reliques d’un ancien temps, désormais révolu.

Pour finir, on notera la pertinence des choix musicaux qui, de Metallica à Fleetwood Mac, font toujours preuve d’une utilisation cohérente.

Bilan

« Triple Frontière » n’est pas tant un film de braquage diablement efficace, qu’un road-movie où J.C. Chandor remet constamment en question les actes de ses protagonistes torturés. Le tout est aussi maintenu par un casting et une mise en scène particulièrement soignée, nous faisant d’autant plus regretter les quelques lacunes de son dernier acte.

Triple Frontière

7.6

Réalisation

8.0/10

Bande Son

7.0/10

Scénario

7.5/10

Casting

8.0/10

Points positifs

  • Des protagonistes complexes et torturés
  • Une fable morale fascinante
  • Le casting impeccable
  • La mise en scène soignée de J.C. Chandor
  • Plusieurs choix de soundtrack
  • Un second discours parfaitement traitée

Points négatifs

  • La fin, hors propos
  • Certains effets spéciaux

Rédacteur Cinéma - Jeune passionné du septième art, je partage mon avis sur diverses œuvres et débat de l'actualité cinématographique.

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