Steve Jobs, le film : une simple version bêta…

Cerné. C’est, je pense, le mot le plus approprié pour définir ma condition au bureau s’agissant de l’univers Apple. A ma droite, sur un buffet, un vieil iMac Tournesol sauvé de la casse quand je l’ai découvert abandonné sur un trottoir près d’une poubelle, sans connectique d’aucune sorte ni même un transformateur pour le brancher. Mais bien trop beau pour être jeté, il trône désormais à côté d’une lampe BoConcept, tel une modeste œuvre d’art contemporaine signée Jonathan Ive et Steve Jobs… qui, lui, m’observe sévèrement depuis le mur situé en face où j’ai accroché son portrait depuis sa disparition. Rajoutez à cela le Macbook Air en face de moi et l’iPhone parfois posé derrière moi et la boucle est bouclée. Comme beaucoup de monde, difficile pour moi de contester une certaine affection pour les produits de la pomme. Pour autant ma personnalité ne me poussant guère à l’idolâtrie, c’est avec un œil critique que j’ai découvert la vision Jobsienne proposée par Danny Boyle ce week-end sur grand écran.

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On avait eu droit à une première tentative d’approche du personnage avec le film quasi éponyme « Jobs » sorti en 2013. Le film ne m’avait pas convaincu en dehors de la magistrale interprétation de Ashton Kutcher dont le mimétisme avec le grand Steve avait bluffé pas mal de monde, moi compris. L’histoire en revanche ressemblait à une grosse bande annonce où tout était abordé de manière superficielle sans que jamais on ne soit invité à véritablement rentrer dans le cœur de l’aventure Apple et sans qu’un axe ne soit privilégié par rapport à un autre. Dommage.

On pouvait espérer que le film de Boyle, basée sur l’excellente biographie de Walter Isaacson (ouvrage à lire absolument), permettrait à Michael Fassbender de sublimer la transposition au cinéma de l’histoire de Jobs. A mon sens il n’en est rien et le film est assez décevant.

Le parti pris du réalisateur est celui de la coulisse précédent trois lancements important dans l’histoire de la marque (le Macinstosh en 1984, le Next Cube 4 ans plus tard et  l’iMac de 1998). Si certaines scènes sont intenses pendant quelques minutes (l’engueulade entre John Sculley et Steve Jobs sur son débarquement de l’entreprise étant la plus prenante), l’ensemble du film présente un défaut récurent : le spectateur qui ira voir ce film et qui ne s’est jamais intéressé à Apple autrement qu’en achetant un de ses produits sans tomber dans «  l’amour geek »  ne comprendra rien. Pire encore s’il n’a jamais été technophile.

 En effet le film n’a rien de pédagogique et l’ensemble des références qu’il met en lumière semble destiné à des étudiants en ingénierie qui prépareraient une thèse sur Steve Jobs. Qui sont ces personnages qui se succèdent les uns après les autres ? C’est quoi cette histoire de petite fille non reconnue ? D’où vient cette relation si particulière entre Jobs et Woz ? Comment ne pas regretter que la logique qui a toujours présidé à l’aventure Apple ne se retrouve pas dans un film consacré à l’un de ses créateurs : la vulgarisation, la simplification, l’accessibilité à Monsieur ou madame « tout le monde » ?
On sait à quel point Steve Jobs était un personnage complexe et ambigüe et réussir à transposer une telle personnalité à l’écran ne doit assurément pas être chose facile (comment résumer en 2 heures son incroyable concept inconscient de « distorsion de la réalité » ?). On peut toutefois difficilement déconnecter le personnage de ce qu’il laisse derrière lui en terme de réalisations techniques, de révolution sociologique, commerciales et marketing.

Parler de Jobs c’est indubitablement devoir évoquer le rapport de l’homme à la machine, au produit, tout autant que le rapport de l’homme à ses semblables. Les deux sont intimement liés. Mais aucune des deux propositions cinématographiques le concernant n’ont réussi à relever le défi. Les performances des acteurs ne sont sans doute pas en cause, c’est, à mon sens, les scenarios qui le sont

 A l’heure où le format devenu culte pour distraire le citoyen 3.0 est devenue la série, je me pose cette simple et évidente question : pourquoi ne pas envisager cet axe de réflexion quand il y a tant à dire, quand l’histoire est trop riche, quand privilégier un axe plutôt qu’un autre frustrera fatalement une large part du public ? Quand prendre le temps d’expliquer par le détail les composants du «Jobs » délecterait l’auditoire… Une keynote à peu près complète sur Steve Jobs de 2 ans plutôt d’une « prise en main partielle » de 2 heures en somme…
Encore récemment Netflix a démontré avec la saison une de «  Narcos »  qu’une série pouvait permettre de rendre passionnant le suivi d’un destin, fut-il funeste, comme celui de Pablo Escobar dès lors que la personnalité, l’environnement du personnage principal et sa quête suscitait un sentiment quelconque dans le public qu’il s’agisse d’admiration, de haine, de curiosité…

Steve Jobs et Apple capitalisent en réalité nombre des exigences qui permettraient à un tel projet d’aboutir et une série sur cet américain d’origine syrienne aurait sans doute une résonnance très particulière dans les tourments que vivent actuellement nos sociétés, tant sur le plan humain que sur le plan économique.

 l y a en réalité beaucoup de trop de choses à dire sur Steve Jobs pour se contenter d’un film, des choses qui ne peuvent rester sous silence quand on ambitionne d’évoquer ce personnage. Alors, à quand la série ?

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