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Beyond Expo 2026 : quatre jours à Macao au cœur de la tech asiatique

Il est 16 heures à Macao, dans le théâtre du Parisian, et un homme demande à une salle entière de faire du bruit. Jason Ho, cofondateur de Beyond Expo, lance son « vibe check » : les nouveaux à gauche, les vétérans à droite, ceux qui ont traversé la planète au milieu. Moi, j’étais plutôt dans la dernière catégorie, badge presse Le Café Du Geek au cou et quelques fuseaux horaires dans les jambes. Le thème de cette édition 2026 tient en quatre mots : « AI, Digital to Physical ». Comprendre : l’intelligence artificielle quitte nos écrans pour débarquer dans le monde réel, en robots, en voitures et en machines. Pendant quatre jours, j’ai arpenté les allées de l’un des plus grands salons tech d’Asie. Voici ce que j’en ramène.

Des robots partout, et c’est tout l’enjeu de 2026

Le thème « Digital to Physical » n’est pas resté un slogan de scène. Dès l’ouverture des portes, l’IA avait pris corps, littéralement. Mon premier arrêt : un robot humanoïde d’AI² Robotics, tablier sur le torse, en train de préparer un café. Quelques allées plus loin, les humanoïdes d’EngineAI (modèles T800 et PM01) et le quadrupède PUDU D5 attiraient la foule. La robotique chinoise ne se cache plus dans les usines, elle vient vous servir un expresso.

Et la variété donne le vertige. LimX Dynamics montrait des robots à roues et à jambes pour terrains accidentés, Shanghai Matrix son humanoïde MATRIX-3 pour l’industrie, Stellar Robot des mains articulées bluffantes. Plus inattendu, Cauchy-Riemann pousse l’IA incarnée sous l’eau pour l’inspection sous-marine, quand la caméra volante étanche HOVERAir AQUA filme à la surface. Aucun de ces engins ne vise le salon : ils visent l’usine, l’entrepôt, l’hôpital.

Tout n’était pas parfait, heureusement. Un robot de combat a calé en pleine démo, et beaucoup d’humanoïdes dansent encore comme des ados timides. La semaine d’avant, à l’ICIF de Shenzhen, j’avais même vu un robot faire semblant de chanter en playback : un gamin, pas dupe, est allé vérifier dans le micro. Le spectacle dépasse encore souvent la réalité, mais la dynamique, elle, est bien réelle.

Robot humanoïde de combat au salon Beyond Expo 2026, à Macao

Les boîtes qui m’ont le plus impressionné ici sont presque toutes des sociétés hardware.

Magnus Grimeland, fondateur d’Antler

Il cite des humanoïdes, mais aussi un café azoté et une gourde anti-microplastiques. Son idée : en Asie, on fabrique du matériel à la vitesse où l’on codait du logiciel il y a dix ans.

Avant de conquérir le monde, on teste sur la foule

Deuxième constat de Macao : beaucoup de ces produits ne sortent plus en magasin, mais sur des plateformes de financement participatif. Le stand de XBREW le résumait bien. Après 600 000 dollars levés sur Kickstarter, la marque annonçait son lancement mondial et le passage en production de masse de sa machine à café azoté EverNitro. Le crowdfunding n’est plus une quête de fonds, c’est un banc d’essai avant de viser large.

J’en ai parlé avec Cheryl Tang, qui pilote Indiegogo pour les produits venus de Chine. Selon elle, la décennie des arnaques a durci les règles. Un créateur doit désormais prouver son prototype, montrer son usine et aligner des avis d’influenceurs avant de lancer. Le double contrôle, sa plateforme plus le prestataire de paiement, élimine les projets douteux.

Reste à choisir son marché, car chacun a ses codes. Au Japon, m’expliquait l’équipe de Makuake lors d’un autre panel, le public pardonne peu : on y soigne le moindre engagement tenu, et réussir là-bas devient un label pour toute l’Asie. Le hardware chinois l’a compris, et il avance marché par marché, plus finement qu’avant.

Stand d'un produit financé en crowdfunding à Beyond Expo 2026

Le crowdfunding, c’est votre démarrage à froid, le 0 à 1 qui vous propulse à l’international.

Cheryl Tang, Indiegogo

Pour elle, les premiers acheteurs ne sont pas une caisse, mais vos futurs ambassadeurs.

Dans la salle, l’argent ne parlait que d’une chose : sortir de Chine

J’ai passé un après-midi dans la salle du grand sommet de l’investissement, et l’ambiance était électrique. Sur scène, Gavin Ni, fondateur du fonds Zero2IPO, lâche que 2026 est l’année la plus chaude de ses vingt-huit ans de métier. Le mot d’ordre, répété par presque tous les intervenants : « go global ». Après avoir grandi sur leur marché, le capital et la tech chinois veulent désormais conquérir le reste du monde.

Et la première escale, c’est rarement l’Europe. Le fonds ATM Capital racontait comment le livreur J&T (极兔) a explosé en Asie du Sud-Est avant de viser plus loin. Sur place, j’ai entendu le même refrain : on teste d’abord les marchés proches, Indonésie, Vietnam, Thaïlande, là où la demande grimpe vite. Macao, porte entre la Chine et le monde, n’était pas choisie au hasard pour ce sommet.

Tout le monde n’était pas euphorique pour autant. Plusieurs investisseurs évoquaient une possible surchauffe, surtout sur la robotique aux valorisations vertigineuses. L’un d’eux comparait le marché à une bière qu’on sert trop vite : beaucoup de mousse, mais le niveau monte quand même. Derrière l’emballement, une certitude : le centre de gravité de la tech a glissé vers l’est.

Panel d'investisseurs Antler et Lingotto sur scène à Beyond Expo 2026

Aujourd’hui, il n’y a que deux marchés du capital-risque qui comptent vraiment : les États-Unis et la Chine.

Gavin Ni, Zero2IPO

Et nous, Européens, on fait quoi dans ce paysage ?

Au milieu de cette effervescence asiatique, les Européens se comptaient sur les doigts d’une main. Beyond Expo consacrait pourtant des forums entiers aux ponts entre régions, de l’Asie-Europe à l’Asie-Amérique latine. J’y ai vu peu de drapeaux français. C’est une occasion manquée, et c’est tout l’intérêt d’y aller.

Pour Fabien Pacory, de la chambre de commerce française en Chine, le piège serait de ne voir la Chine que comme un concurrent. Il la décrit plutôt comme un laboratoire qui alimente déjà le reste du monde : voitures électriques, batteries, IA industrielle, robotique. Son conseil aux Européens : co-développer avec ces startups plutôt que de les subir, en gardant nos exigences de sécurité et de régulation. Le pont existe, encore faut-il l’emprunter dans les deux sens.

Sur le salon, quelques signaux allaient déjà dans ce sens. Des fonds installés à Singapour ou en Europe cherchaient des relais asiatiques, des marques chinoises affichaient des bureaux à Paris ou Douai. La frontière n’est plus un mur, c’est un carrefour très fréquenté. À nous de décider si on reste sur le trottoir d’en face.

Les dirigeants français sous-estiment la Chine comme plateforme d’innovation, pas seulement comme marché.

Fabien Pacory, CCIFC

Ce que Macao dit de la tech de demain

Quatre scènes, un même fil. Des robots qui marchent, du hardware testé sur la foule, du capital pressé de sortir de Chine, un pont tendu vers l’Europe. Tout pointe vers une tech asiatique qui ne copie plus, mais qui exporte. Le thème « Digital to Physical » n’était pas un slogan, c’était un diagnostic.

Je n’ai pas tout vu, loin de là. Un forum gaming aurait mérité son propre article, sans parler des stands d’énergie propre et d’une allée entière dédiée à la blockchain. Mais l’image que je garde, c’est ce robot barista me tendant un café. Il y a dix ans, c’était de la science-fiction. Aujourd’hui, c’est juste un mardi en Chine.

Photo de Léo Thevenet

Léo Thevenet

Expert Tech titulaire d'un Master en Informatique de l'Université Tsinghua (Chine), j'allie background technique et passion du terrain. Sur Le Café Du Geek, depuis 2012, je ne me contente pas de relayer l'info : je teste les innovations en conditions réelles. En charge de la ligne éditoriale, je parcours les salons internationaux (CES, MWC, IFA) pour dénicher les pépites hardware avant tout le monde. Mon obsession ? Rencontrer les startups qui innovent vraiment et vous livrer un avis critique, technique et sans filtre sur les produits de demain.

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