Innovation

J’ai visité l’usine autonome qui imprime vos lunettes en 3D, à Séoul

À Seongsu, le quartier branché de Séoul, il existe une usine dans laquelle on peut entrer pour regarder ses propres lunettes sortir d’une imprimante 3D. En décembre, je suis allé visiter Breezm Foundry Seongsu, la nouvelle usine quasi autonome de l’un des leaders coréens de la lunette sur-mesure. Des montures dessinées pour votre visage, fabriquées sous vos yeux. Je voulais voir comment ça marche, alors j’ai poussé la porte.

J’ai visité Breezm Foundry Seongsu à Séoul en décembre 2025, à l’invitation de Zenma Park, CEO et cofondateur de Breezm, après lui avoir demandé moi-même cette visite par curiosité. Il nous a fait le tour de l’atelier, puis on a passé une vraie commande. Le Café Du Geek n’a pas été payé pour cet article.

Breezm, des lunettes faites pour votre visage

Breezm est une marque coréenne de lunettes entièrement personnalisées. Chaque paire est unique, de la forme des cercles jusqu’à l’écart entre les yeux. Rien n’est pris sur étagère, tout est ajusté à votre morphologie. Je suis la marque depuis un moment, j’en avais déjà parlé dès 2022.

Montures Breezm sur-mesure dans le showroom de Foundry Seongsu

Pour y arriver, la marque combine trois briques. Un scan 3D du visage, une reco par IA et l’impression 3D de la monture. L’idée est simple à résumer. Plutôt que de choisir une monture qui vous va à peu près, vous obtenez une monture pensée pour vous.

Commander : un passage chez l’ophtalmo, puis l’IA

Avant l’usine vient la commande, et elle commence comme une visite médicale. Une première étape analyse votre vue, exactement comme chez un ophtalmologiste. On ressort avec une correction précise, pas une estimation.

Vient ensuite l’étude du visage et de la forme de la tête. Le but est d’adapter la monture à votre morphologie. Plusieurs modèles vous sont proposés, chacun avec un score de validation par IA. Une fois votre choix fait, vous essayez les montures sans correction pour juger du rendu. Vous validez, et la commande part en production.

Dans l’usine : silencieuse, propre, presque vide

Sur place, c’est Zenma Park, le CEO et cofondateur, qui nous fait le tour et présente les machines. Place à la fabrication, et c’est là que c’est impressionnant. Les montures sont imprimées en 3D, 100 paires en même temps, sur un cycle d’environ 10 heures. Tout se joue avec très peu de monde autour des machines.

Il y a deux imprimantes, et la différence entre les deux raconte bien le projet. Sur la première, il faut changer le bloc de poudre à la main. Sur la seconde, un robot s’en charge seul. Il vide la chambre pleine et en remet une neuve, ce qui permet une production en continu, 24 heures sur 24. L’objectif est de 400 paires par jour, un volume pas encore atteint mais qui grimpe avec la demande.

Ensuite, les montures sont nettoyées, puis passent dans une autre machine qui ajoute une couche de peinture et de protection. L’assemblage final se fait à la main. Chaque paire reçoit un petit numéro, imprimé en 3D sur un pendentif, pour la suivre jusqu’au bout. Détail qui m’a marqué, l’usine est silencieuse, propre et presque vide. Les humains n’y passent que quelques heures par jour, pour la maintenance et pour déplacer les paires d’une machine à l’autre.

Une usine qui tient dans une vitrine

Showroom Breezm Foundry Seongsu avec l'atelier d'impression 3D visible derrière

Le plus fort, c’est l’échelle. Selon Breezm, Foundry Seongsu sort jusqu’à 150 000 montures par an avec seulement quatre personnes. La marque a rapatrié sa production de polymère, jusque-là à Anyang, dans ce bâtiment urbain sur deux étages. En bas, la fabrication, la boutique et le showroom. En haut, les bureaux.

Concrètement, l’atelier devient une vitrine. Vous commandez vos lunettes au rez-de-chaussée, et vous voyez la machine cracher des montures juste derrière. Peu de marques osent montrer leur usine d’aussi près. Breezm en fait un argument de vente, et ça fonctionne.

Ce que j’en retiens

Je ressors de là plutôt bluffé, je l’avoue. L’idée d’une lunette vraiment faite pour mon visage, produite à la demande et avec moins de gâchis de matière, a du sens. Voir la chaîne tourner presque seule, dans le silence, donne un avant-goût concret de l’usine de demain.

Reste un bémol, et il est de taille. Tant que la demande ne remplit pas les machines, le modèle reste à prouver côté volume. Il faut aussi se déplacer en personne pour le scan, ce qui limite la portée pour l’instant. Mais pour avoir vu la chose tourner, je parierais que la lunette sur-mesure imprimée en 3D va se démocratiser. Breezm a juste pris pas mal d’avance.

Photo de Léo Thevenet

Léo Thevenet

Expert Tech titulaire d'un Master en Informatique de l'Université Tsinghua (Chine), j'allie background technique et passion du terrain. Sur Le Café Du Geek, depuis 2012, je ne me contente pas de relayer l'info : je teste les innovations en conditions réelles. En charge de la ligne éditoriale, je parcours les salons internationaux (CES, MWC, IFA) pour dénicher les pépites hardware avant tout le monde. Mon obsession ? Rencontrer les startups qui innovent vraiment et vous livrer un avis critique, technique et sans filtre sur les produits de demain.

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