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Après l’affaire Orélien, un livre rédigé par l’IA à 100 % assume tout

Fin septembre, l’Académie Goncourt a retiré « C’était ça ou mourir » de sa première sélection. En cause, des soupçons d’usage de l’intelligence artificielle, que son auteur Thélyson Orélien conteste. Depuis, le monde du livre cherche où placer la frontière entre écrivain et machine.

C’est dans ce contexte que thierry Ehrmann, fondateur d’Artprice et auteur de La Demeure du Chaos, publie en français « Dialogue entre un penseur et l’IA ». Diffusé en anglais depuis septembre, ce texte fleuve de plus de 1 400 pages prend le contre-pied du débat. Son auteur assume un livre rédigé par l’IA à 100 %, à partir de sa propre pensée. Le livre est lisible gratuitement en ligne, sous licence libre.

Couverture du livre Dialogue entre un penseur et l'IA de thierry Ehrmann, un livre rédigé par l'IA
Couverture de l’édition française (crédit : thierry Ehrmann / Artprice)

100 % IA, et il le revendique

L’expérience a débuté en juillet 2026. Selon Artprice, thierry Ehrmann a dialogué avec une IA pendant quarante jours et quarante nuits. Plus de 450 heures d’échanges, uniquement à l’oral, ont servi de matière au livre.

Le principe est annoncé dès les premières pages : « Pensée & dialogue humain : thierry | Rédaction : 100 % IA ». Dans un préambule intitulé « La plume confiée », l’auteur détaille ce qu’il a fourni, orienté, corrigé ou refusé. Seules les citations et les archives reproduites échappent à cette règle, d’après lui.

La version anglaise, diffusée la première, a été établie à partir de ce dialogue en français. L’auteur affirme l’avoir soumise à deux semaines de relecture humaine. Le texte français publié aujourd’hui est donc celui de la langue d’origine, sans passer par une traduction automatique.

Pour thierry Ehrmann, la question n’est pas de savoir qui tient la plume. Il la résume ainsi : « Écrire n’est pas seulement tenir une plume. C’est répondre du sens. » Autrement dit, la machine rédige, mais l’auteur assume chaque idée publiée.

Le Goncourt a tranché, d’autres hésitent

L’affaire Orélien est partie des résultats d’un détecteur d’IA, Pangram. L’auteur nie tout usage de l’IA dans son roman, tout en reconnaissant des plagiats dans des textes plus anciens. Les deux sujets restent distincts : un soupçon d’écriture par IA n’est pas une preuve.

Le débat dépasse la France. Au Caine Prize for African Writing, la nouvelle primée en 2026, « The Blue Fighter », est soupçonnée d’avoir été écrite par une IA. Son auteur, Simbarashe Steyn Kundizeza, dément. Le prix a ouvert une enquête sans retirer la récompense et réclame des preuves qui ne viennent pas d’une machine.

D’autres choisissent l’étiquette. Aux États-Unis, l’Authors Guild délivre une certification « Human Authored », qui tolère les correcteurs d’orthographe ou l’aide à la recherche. En France, Gaspard Koenig défend le label « Livre sanctuaire, 100 % humain », lancé avec son éditeur.

Certains auteurs s’inquiètent surtout des détecteurs. Sur Literary Hub, James Folta rappelle une étude de Stanford de 2023 : ces outils accusaient à tort de nombreux textes écrits par des non-anglophones. L’écrivain mexicain Jorge Volpi s’inquiète, lui, que le jury du Goncourt ait pu confier à une machine le soin de juger un texte.

L’IA, simple imprimerie de la pensée ?

Pour thierry Ehrmann, refuser un livre rédigé par l’IA revient à vénérer le travail manuel. Il résume sa position d’une formule : « L’IA, c’est l’imprimerie de la pensée. » Se décrivant comme l’architecte du livre, et la machine comme l’exécutant.

Il s’appuie sur la cosa mentale de Léonard de Vinci, l’idée que l’art est d’abord une affaire d’esprit. Celui-ci cite aussi l’artiste conceptuel Sol LeWitt, qui écrivait en 1967 que l’idée devient « une machine qui fait l’art ». Le rapprochement est philosophique : LeWitt ne parlait évidemment pas d’intelligence artificielle.

Artprice défend la même ligne pour le marché de l’art. Selon la société, l’IA est un outil, comme le logiciel d’image dans les années 1990, et non une source d’intention. Elle estime que la valeur d’une œuvre dépend de la maîtrise de l’artiste, pas de la complexité de l’outil.

Le droit français reste plus nuancé. Une idée seule n’est pas protégée par le droit d’auteur : il faut une expression qui traduit des choix créatifs humains. L’usage d’une IA ne suffit donc ni à garantir, ni à exclure cette protection.

Neuf IA pour juger un livre rédigé par l’IA

L’expérience ne s’arrête pas à l’écriture. thierry Ehrmann a soumis son texte à neuf IA, placées dans le rôle de critiques littéraires. On y trouve ChatGPT, Gemini, Copilot, Mistral, Grok, DeepSeek, Perplexity, Qwen et un modèle de Meta.

Leurs analyses sont publiées en entier sur le site du livre, dans une rubrique « méta-lecture », en français et en anglais. C’est Gemini qui a qualifié l’ouvrage de « Liber Mundi », ou livre-monde, une expression qu’Artprice reprend depuis dans sa présentation.

Ces critiques restent des textes produits par des modèles à partir d’une demande de l’auteur. Artprice précise elle-même qu’elles n’engagent pas OpenAI, Google, Microsoft ou Meta. Le lecteur peut les comparer et juger de leurs points communs comme de leurs écarts.

La transparence, pas un certificat

Le livre se lit gratuitement en ligne ou en PDF, sous licence Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0. Vous pouvez donc le partager librement, à condition de citer l’auteur, sans le vendre ni le modifier. Une édition papier française est en précommande à 37 € sur la boutique de La Demeure du Chaos, pour une sortie prévue fin novembre 2026. Des traductions en espagnol, en chinois simplifié et en hindi sont en cours, selon Artprice.

Quelques réserves s’imposent toutefois. Le livre est présenté par Artprice, la société que dirige son propre auteur. Les 27,9 millions de téléchargements revendiqués au 15 octobre sont des chiffres de l’éditeur et de ses partenaires de diffusion, impossibles à vérifier. Aucune critique littéraire indépendante n’a encore été publiée sur l’ouvrage.

Reste une démarche qui tranche avec le climat de soupçon actuel. Là où d’autres cachent ou nient l’usage de l’IA, thierry Ehrmann l’expose en détail. Cette transparence ne dit pas si un livre rédigé par l’IA a du talent ou des droits, mais elle laisse au lecteur le soin de juger sur pièces.

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Christiane

Christiane est votre experte en technologies numériques et innovations. Découvrez ses analyses approfondies et ses perspectives sur les dernières tendances high-tech, la cybersécurité, et l'impact des technologies émergentes sur notre quotidien. Restez connecté pour des conseils experts et des mises à jour incontournables.

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