Manyfast au Web Summit 2026 : le cahier des charges que Claude et Cursor lisent en direct via MCP

Les IA savent désormais écrire du code en quelques secondes. Encore faut-il leur dire précisément quoi construire. C’est sur ce terrain que se place Manyfast, une start-up sud-coréenne qui transforme une idée de logiciel en dossier de conception complet. Elle présentera son outil au Web Summit 2026, du 9 au 12 novembre à Lisbonne, avec l’ambition de séduire les agences et les entreprises européennes.
Le plan, nouveau maillon faible du code assisté par IA
Avant de développer une application, une équipe rédige des documents de cadrage. On y trouve les besoins des utilisateurs, la liste des fonctions, les parcours dans l’application et des maquettes d’écran. Ces documents vivent souvent dans des outils séparés, comme Notion ou Confluence. Au fil des réunions, ils se contredisent et finissent par ne plus correspondre au code réellement écrit.
Avec l’arrivée des assistants de programmation, le problème change d’échelle. Une IA qui code vite à partir d’une consigne floue produit surtout des erreurs plus vite. Le PDG de Manyfast, Heo Jae-hyeok, résume l’enjeu à sa manière. Selon lui, les équipes perdent « des centaines d’heures » à corriger les écarts entre les documents figés et un code qui évolue sans cesse.
Une idée griffonnée, un dossier complet en quelques minutes
Fondée en 2021, Manyfast propose un espace de travail où l’IA rédige le premier jet. À partir d’une courte description ou de notes de réunion en vrac, l’outil génère le cahier des charges (le PRD, dans le jargon), les spécifications de chaque fonction, les parcours utilisateurs et des maquettes d’écran. L’humain relit ensuite, corrige et tranche. En Corée, le dirigeant a baptisé cette méthode le « vibe planning », clin d’œil au « vibe coding » qui consiste à programmer en dialoguant avec une IA.
La différence revendiquée tient à la façon de ranger l’information. Plutôt que des fichiers texte isolés, Manyfast stocke tout sous forme de données reliées entre elles. Une modification sur un besoin se répercute ainsi sur la fonction et l’écran concernés. Chaque changement est horodaté et versionné, ce qui permet de retrouver qui a décidé quoi, et quand.
Claude et Cursor branchés en direct sur le cahier des charges
Le point le plus intéressant pour les développeurs passe par le MCP (Model Context Protocol). Ce standard ouvert permet à une IA de se connecter à un outil extérieur pour y lire ou y écrire des informations. Sur son site, Manyfast confirme que Claude Code et Cursor peuvent consulter la dernière version des spécifications et coder à partir d’elle. Les fonctions validées peuvent aussi partir sous forme de tâches vers Linear, Jira ou GitHub.
Concrètement, l’IA de code ne travaille plus à partir d’un copier-coller approximatif. Elle s’appuie sur la même source que l’équipe produit. L’entreprise promet ainsi d’éliminer les erreurs de « traduction » entre ce qui a été décidé et ce qui est développé. Une promesse séduisante, à condition que le cahier des charges soit lui-même juste.
Manyfast ajoute une brique plus expérimentale. Grâce à des algorithmes d’apprentissage par renforcement, l’outil simulerait le comportement des utilisateurs sur les maquettes, avant même la première ligne de code. L’entreprise dit protéger cette technologie par quatre brevets déposés en Corée, cinq demandes en cours et une demande internationale.
Des chiffres de croissance encore à confirmer
La jeune entreprise met en avant une adoption rapide. Six mois après son lancement commercial, elle revendique plus de 25 000 utilisateurs actifs et environ 1 900 comptes payants. Son site parle de son côté de « plus de 2 000 équipes produit ». Le chiffre d’affaires annuel récurrent reste modeste, autour de 100 000 dollars selon elle.
Côté références, Manyfast cite le groupe industriel LS Electric, avec qui elle a mené un test payant, et le géant coréen de la beauté Amorepacific, qui l’aurait déployé dans ses équipes en septembre. Pour les entreprises les plus prudentes, une installation sur leurs propres serveurs est proposée, avec authentification unique, journaux d’audit et compatibilité avec des modèles d’IA maison. Une version gratuite, limitée à trois projets, permet de tester l’outil.
À Lisbonne, cap sur les agences européennes
Au Web Summit, la délégation sera menée par le cofondateur et directeur financier Yongseok Jang, ancien PDG d’eBay Japon. Les visiteurs pourront saisir leur propre idée de produit et voir l’outil générer en direct les spécifications et les écrans. Manyfast vise surtout les agences de développement, les sociétés de services informatiques et les intégrateurs, au Portugal et en Europe centrale.
L’argument réglementaire n’est pas oublié. La traçabilité des décisions pourrait aider certaines entreprises à documenter leurs projets face à l’AI Act européen. Pour accompagner son expansion, Manyfast prépare une certification de sécurité ISO/IEC 27001 d’ici la fin de l’année et finalise une nouvelle levée de fonds. Une filiale aux États-Unis est prévue pour 2027.

Un bon plan ne remplace pas un bon jugement
L’idée de fond tient la route. Plus les IA écrivent de code, plus la qualité des consignes devient décisive, et un cahier des charges vivant répond à un vrai besoin. Il faut toutefois garder un peu de recul. Les chiffres d’utilisation et les clients cités viennent de l’entreprise elle-même, et les dates de lancement varient selon les sources coréennes.
La promesse de « zéro erreur de traduction » mérite aussi d’être nuancée. Un dossier généré en quelques minutes reste un premier jet, que l’équipe doit relire avec attention. Rien n’indique enfin que l’outil soit disponible en français. Reste à voir si les agences européennes confieront leurs cahiers des charges à une start-up venue de Corée du Sud. Et vous, laisseriez-vous une IA rédiger le plan de votre prochaine application ?
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