Corée du Sud

FIX Innovation Awards 2026 : 31 primés, et un lauréat qui explique pourquoi son robot ne s’exportera pas

Le 22 octobre à 13 h 20, dix médias étrangers se sont installés face à neuf dirigeants coréens. J’étais l’un d’eux. Pendant une heure et demie, chaque lauréat des FIX Innovation Awards est venu défendre sa technologie, chiffres à l’appui.

Les médias internationaux et les lauréats des FIX Innovation Awards 2026

Deux heures plus tard, la cérémonie officielle récompensait 31 entreprises dans l’aile Est de l’EXCO, à Daegu. Une centaine de personnes avaient fait le déplacement, dont le vice-maire de la ville. Le salon lui-même, nous en avons raconté l’ouverture quelques jours plus tôt.

Ce qui frappe dans ce palmarès, ce n’est pas la liste. C’est le niveau du vivier dans lequel il a été taillé.

Un concours qui sélectionne déjà des médaillés

Les FIX Innovation Awards en sont à leur troisième édition. Cette année, 209 entreprises ont candidaté et 26 experts ont tranché. Résultat, 31 primées, dont neuf Grand Innovation Awards.

Le chiffre intéressant est ailleurs. Sur ces 209 candidats, 147 avaient déjà été primés ailleurs, au CES et dans d’autres grands salons. Plus de sept sur dix.

Autrement dit, le concours ne découvre pas des inconnus. Il classe des entreprises déjà repérées, et la répartition dit le reste : 17 primés en IA et numérique, 8 en robotique, 6 en mobilité.

Robotaxi, hyperviseur et main robotisée : quatre lauréats des FIX Innovation Awards

Neuf entreprises ont décroché le Grand Innovation Award, la catégorie reine. Quatre méritent qu’on s’y arrête.

SWM primé pour son robotaxi urbain aux FIX Innovation Awards

SWM exploite un service de robotaxi payant à Gangnam, le quartier d’affaires de Séoul. Treize véhicules circulent, sans accident à ce jour, avec une intervention humaine tous les 15 000 kilomètres environ. Un agent de sécurité reste à bord, et l’entreprise vise le sans conducteur pour 2028.

PERSEUS travaille sur une couche beaucoup moins visible. Son hyperviseur découpe un seul processeur automobile en plusieurs processeurs virtuels, qui font tourner Android, Linux et AUTOSAR en parallèle. Le surcoût de performance reste sous les 3 % en moyenne. La technologie est déjà en production chez un des trois premiers constructeurs coréens.

Main robotisée Tesollo DG-5F exposée à Daegu

Tesollo fabrique des mains robotisées. Sa DG-5F-M a été primée pour sa densité de couple, qui lui permet de saisir des objets aux formes irrégulières. L’entreprise décline aussi des versions à deux, trois ou quatre doigts, pour ajuster le coût à la tâche réelle d’une ligne de production.

AeiROBOT expose Alice 5, un humanoïde bipède monté sur des actionneurs développés en interne. Il tient une heure, porte 10 kilos répartis sur ses deux bras, et son système d’échange de batterie vise le travail en continu. La société annonce les chantiers navals et le BTP comme cibles d’ici 2030.

Les cinq autres grands lauréats ne déméritent pas. HJWAVE fabrique des antennes guide d’ondes pour radars de conduite autonome, ONEPREDICT de la maintenance prédictive industrielle. CENS refroidit les serveurs d’IA par pulvérisation de fluide, WACE propose un système d’exploitation pour usine, et POTATONET traque les adresses web malveillantes.

Le bémol vient du lauréat lui-même

La phrase la plus intéressante de la semaine ne vient pas d’un concurrent. Elle vient d’AeiROBOT, qui venait de recevoir son prix.

Interrogée sur ses marchés, l’entreprise explique que l’export d’humanoïdes est aujourd’hui bloqué. Les cadres de certification et d’assurance pour ce type de machine n’existent pas encore. Elle place son propre horizon d’export entre 2029 et 2030, et cite les normes européennes de sécurité électrique et environnementale comme l’obstacle principal.

Pour une société d’une soixantaine de personnes, l’aveu est rafraîchissant. Elle y ajoute une inquiétude plus large, celle d’un marché qui se concentrerait entre les fabricants chinois et Tesla, avec des prix dictés et moins de choix pour tout le monde.

L'humanoïde Alice 5 d'AeiROBOT immobile sur son tapis de marche

Sur le stand, l’humanoïde était suspendu à son portique, immobile sur un tapis de marche, derrière un panonceau annonçant une démonstration en préparation. L’image résume assez bien l’écart entre le prix et le calendrier.

Ce que gagnent vraiment les primés des FIX Innovation Awards

Un trophée, c’est la partie visible. Le reste du dispositif en dit plus long sur l’objectif du salon.

Les lauréats repartent avec 30 % de réduction sur leur stand l’an prochain. S’y ajoutent un accès au demo day du fonds public de garantie, un passage devant des investisseurs dans la zone startup, et une mise en relation avec des acheteurs étrangers.

Autrement dit, Daegu ne distribue pas des médailles. La ville construit un entonnoir, et le prix sert d’abord à y faire entrer des entreprises qu’elle veut voir exporter.

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Photo de Léo Thevenet

Léo Thevenet

Expert Tech titulaire d'un Master en Informatique de l'Université Tsinghua (Chine), j'allie background technique et passion du terrain. Sur Le Café Du Geek, depuis 2012, je ne me contente pas de relayer l'info : je teste les innovations en conditions réelles. En charge de la ligne éditoriale, je parcours les salons internationaux (CES, MWC, IFA) pour dénicher les pépites hardware avant tout le monde. Mon obsession ? Rencontrer les startups qui innovent vraiment et vous livrer un avis critique, technique et sans filtre sur les produits de demain.

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