[Interview] Jigmé Théaux, cliché d’un vidéaste en ascension

Sur la plateforme de partage de vidéos YouTube, Jigmé Théaux, alias Les Clichés de Jigmé, approche les 800 000 abonnés. Il revient aujourd’hui sur son histoire le temps d’un interview, celle d’un « gars normal ».

 

C’est le 12 juin 2012 que Jigmé poste sa première vidéo sur sa chaîne YouTube. Il y reprend et tourne en dérision les clichés que peuvent subir au quotidien les personnes d’origine asiatique dont il fait partie, son père biologique étant tibétain. Sa vidéo prend doucement de l’ampleur et après 7 mois d’existence, sa chaîne passe le cap des 5000 abonnés. Elle en a aujourd’hui près de 800 000 et compte plus de 30 vidéos. Les choses ont-elles pour autant changé pour le jeune franco-tibétain, qui vit désormais de cette activité ? Les rumeurs tendraient à le laisser penser, fantasmant sur un Jigmé riche et loin de son public ; mais c’est en réalité un jeune adulte simple et normal avec qui nous avons discuté plus d’une demi-heure au téléphone.

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Entre les bruits de couverts et d’assiettes bringuebalés au fond d’un évier nous indiquant qu’il est en train de faire la vaisselle, Jigmé revient donc sur son parcours, de son enfance à YouTube en passant par la case études. Il insiste notamment sur la relation qu’il entretient avec son beau-père, qu’il considère comme son père : « C’est mon père, c’est lui qui m’a élevé, qui m’a transmis mes valeurs. Légalement aussi, il m’a reconnu comme son fils ». Quant-à son éducation, il l’estime balancée, juste. Elle lui permet en tout cas de découvrir assez tôt le monde de l’art visuel, d’abord au travers du dessin, puis en commençant à s’intéresser à la photo.

Côté études, Jigmé est un élève « normal ». Il comprend en fait très vite qu’à l’école, il peut « faire le strict minimum pour avoir la moyenne […] sans pour autant [se] casser le cul à avoir les meilleures notes ». En terminale, il abandonne le latin (option choisie à son plus grand regret) pour se tourner vers l’anglais renforcé, qui lui ouvrira les portes d’une fac en LEA Anglais-Chinois. Là encore, il se tourne les pouces tout en obtenant des notes très correctes. Suite à cela, il décide qu’il a « assez glandé toute [sa] scolarité », il se dirige donc vers quelque chose qu’il espère plus concret, plus professionnel : un master en management et négociation interculturels. L’histoire se répète et c’est une nouvelle déception, la dernière de la série puisqu’il arrête à la fin du premier semestre.

Il prend alors une année sabbatique au cours de laquelle il voyage beaucoup, fait des rencontres et s’implique dans la photo « à fond, à fond, à fond ». Il revient ensuite travailler dans le restaurant familial pour se faire un peu d’argent avant de se fixer un projet : partir faire un reportage vidéo (parce que la photo « ça reste très figé ») au Bhoutan avec sa meilleure amie. Seulement, Apple lui offre à ce moment là un poste, le faisant revenir sur sa décision : « entre un projet totalement instable […] et un putain de CDI, on va être raisonnable et rester en France ».

Chez la marque à la pomme, Jigmé fait des rencontres très intéressantes, des personnes talentueuses : « chez Apple […] j’ai l’impression que tout le monde a ses propres activités, [fait] de la photo, [est] dans le son… ». Projetant toujours de finir dans l’audiovisuel, il s’intéresse donc énormément et dévore des magasines de vidéo auxquels il a accès grâce à son job. Il se lancera quelques mois plus tard sur YouTube avant de décider de s’y consacrer à plein temps et de quitter définitivement Apple.

Deux ans plus tard, il a bien gagné en notoriété, mais reste finalement très simple. Se considérant comme quelqu’un de réservé, aimant les choses « justes, raisonnées et censées », il nous confie ainsi être comme tout le monde : « je vais faire mes courses, je fais caca, j’achète du PQ ». Malgré sa notoriété grandissante, il veut ainsi faire en sorte de garder la tête sur les épaules et de rester dans l’humain. Certains autres vidéastes y arrivent moins : « j’ai vu quelques autres youtubers, la première chose qu’ils demandent c’est ‘’mais toi tu fais 3 millions de vues par mois c’est ça ?’’ ».

“J’ai une vision volontairement pessimiste de la vie. Tout peut s’arrêter du jour au lendemain”.

Ce sujet de la célébrité virtuelle est quelque chose de sensible sur la toile, le lien entre virtuel et réel étant parfois assez tacite malgré la proximité entre ces deux mondes. Ainsi, pour éviter de se perdre dans les grands chiffres et risquer de devenir une machine à vidéos, Jigmé fait en sorte de conserver une vision particulière de la vie. « J’ai une vision volontairement pessimiste pour [me] préserver et garder la tête sur les épaules […]. Tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Je peux marcher dans la rue et crever, et c’est tout à fait normal […]. Il peut se passer tellement de choses que c’est très difficile de prévoir».

Dans 10 ans, Jigmé espère avoir mis un pied dans le cinéma, que ce soit en tant que technicien ou que réalisateur. Là encore, son pessimisme volontaire lui interdit de trop se projeter. Une chose est sûre : le film de son histoire ne fait que commencer. Action !

Jigmé en 5 dates :

• novembre 1989 : naissance à Sarlat

• janvier 2012 : CDI chez Apple

• juin 2012 : la vidéo Les Asiatiques est en ligne

• septembre 2013 : la chaîne Les Clichés de Jigmé dépasse les 100 000 abonnés

• décembre 2013 : fin du CDI Apple, YouTuber à plein temps

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