Régulation du porno aux USA : L’Utah déclare la guerre aux VPN et instaure une taxe X

Le débat sur la régulation du Web franchit une nouvelle étape aux États-Unis. Alors que la vérification d’âge fait déjà rage dans plusieurs États, l’Utah vient de frapper un grand coup. Et ce, avec la signature de la loi SB 73. Au programme : une taxe directe sur les contenus adultes et, surtout, une tentative inédite d’interdire l’usage des VPN pour contourner les restrictions. Décryptage d’une offensive législative qui pourrait faire écho, bien au-delà des frontières américaines.
La loi SB 73 en Utah : Ce qui changera au 1er octobre 2026
Le gouverneur Spencer Cox a validé un arsenal réglementaire qui durcit considérablement l’accès aux sites pornographiques. Cette loi repose sur deux piliers majeurs qui transforment le modèle économique et technique de l’industrie X dans l’État.
Une taxe de 2% sur les transactions liées au porno
L’Utah suit les traces de l’Alabama en instaurant une taxe de 2% sur toutes les transactions liées aux sites pour adultes. Qu’il s’agisse d’abonnements mensuels, de jetons (tokens) ou de contenus à l’acte, l’État compte bien transformer cet enjeu de moralité en une source de revenus fiscaux. La Virginie et la Pennsylvanie étudient déjà des mesures similaires.
La fin de l’impunité pour les VPN ?
C’est le point qui fait trembler les défenseurs des libertés numériques. La loi stipule que les sites sont désormais responsables de l’accès des mineurs. Et ce, même si ces derniers utilisent un VPN ou un serveur proxy pour masquer leur localisation. En clair, si un habitant de Salt Lake City utilise un serveur basé à Paris pour accéder à Pornhub, le site est théoriquement en infraction s’il ne vérifie pas l’âge de l’utilisateur.
Le casse-tête technique : peut-on vraiment bloquer les VPN ?
Depuis que l’Utah impose la vérification d’âge (via une pièce d’identité ou un scan facial), l’usage des VPN a explosé. Les internautes préfèrent « délocaliser » leur connexion plutôt que de confier leurs données biométriques à des plateformes tierces.
- L’impossibilité de la détection parfaite : bien que des bases de données répertorient les adresses IP connues des fournisseurs de VPN (comme NordVPN ou ExpressVPN), il est impossible pour un site de détecter 100 % des tunnels privés. Plus particulièrement, les plus récents ou les serveurs « obfusqués ».
- La responsabilité juridique : la loi SB 73 place les plateformes dans une impasse. Si elles ne peuvent techniquement pas prouver qu’un utilisateur triche sur sa localisation, elles s’exposent tout de même à des sanctions lourdes.
Vers un « Internet à deux vitesses » aux États-Unis ?
L’Utah n’est pas un cas isolé. Plus de 25 États américains ont déjà légiféré sur la vérification d’âge. Cette fragmentation du Web crée un précédent dangereux :
- Le retrait des géants : des plateformes comme Pornhub préfèrent bloquer totalement l’accès à certains États. Et ce, plutôt que de risquer des procès ou de gérer des données sensibles.
- La montée des risques de cybersécurité : en poussant les utilisateurs vers des VPN gratuits et peu fiables ou vers des sites de « niche » moins sécurisés, ces lois pourraient paradoxalement exposer les internautes (et les mineurs) à plus de malwares.
Quel impact pour la France et l’Europe ?
La situation américaine est observée de très près par les régulateurs européens. En France, le dossier de la vérification de l’âge sur les sites X est sur la table du gouvernement depuis des années.
Si l’approche de l’Utah s’avère « efficace » (ou du moins dissuasive), il est fort probable que des mécanismes de taxation ou de restriction des outils de contournement soient proposés dans l’Hexagone sous couvert de protection de l’enfance.
En conclusion : Un tournant pour la vie privée
La loi SB 73 de l’Utah marque la fin d’une certaine naïveté numérique. En s’attaquant aux VPN, le législateur s’attaque à l’un des derniers remparts de l’anonymat en ligne. Reste à savoir si la technologie pourra suivre la loi, ou si nous nous dirigeons vers un Web de plus en plus cloisonné.
Note de la rédaction : La protection des mineurs est une priorité absolue, mais elle pose ici la question cruciale du droit à la vie privée des adultes et de la sécurité des données personnelles collectées lors de ces vérifications.



