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SaeFarm au Web Summit 2026 : la start-up coréenne qui surveille les champs depuis l’espace, sans un seul capteur

Sécheresses à répétition, engrais de plus en plus chers, rendements difficiles à prévoir : les agriculteurs avancent souvent à l’aveugle. La start-up sud-coréenne SaeFarm propose de lever les yeux vers le ciel. Son service SSMFM analyse les cultures à partir d’images satellite, sans installer le moindre capteur dans les champs. Elle le présentera au Web Summit 2026, du 9 au 12 novembre à Lisbonne, avec la France en ligne de mire.

L’agriculture connectée, sans rien planter dans le sol

Fondée en juin 2022, SaeFarm est dirigée par Jeong Seung-hwan. Son point de départ est simple. L’agriculture dite « intelligente » repose souvent sur des sondes, des stations météo et des survols de drones. Ce matériel coûte cher, s’entretient et ne couvre qu’une surface limitée.

La start-up fait le pari inverse. Elle combine les images de plusieurs constellations de satellites avec ses propres modèles d’intelligence artificielle, entraînés culture par culture. Selon l’entreprise, près de 40 cultures sont prises en charge. Tout se passe dans le cloud : l’agriculteur ou la coopérative consulte simplement les résultats.

Ce que l’IA lit dans les images satellite

SSMFM, pour « Satellite-based Multi-Farm Monitoring », regroupe plusieurs fonctions. La première suit la santé des plantes : vigueur, densité de chlorophylle et teneur en azote, zone par zone. De quoi repérer une carence tôt et ajuster l’engrais là où il manque vraiment.

Le service mesure aussi l’humidité du sol et le stress hydrique, afin de mieux programmer l’irrigation. Un argument de poids dans les régions touchées par la sécheresse. Des algorithmes d’apprentissage profond guettent par ailleurs les croissances anormales, les débuts d’attaques de ravageurs et les foyers de maladie.

Enfin, SSMFM croise l’historique climatique et l’évolution de la végétation pour prévoir les rendements avant la récolte. L’intérêt dépasse l’exploitation : un industriel ou une coopérative peut ainsi mieux anticiper ses volumes et ses achats.

Un passage remarqué au CES 2026

SaeFarm n’arrive pas à Lisbonne les mains vides. Son service a été distingué aux CES Innovation Awards 2026, dans la catégorie consacrée au développement durable et à la transition énergétique. Le projet primé a été mené avec l’institut agricole de la province de Gyeonggi et le comté de Yeoncheon, à partir d’images satellite d’une précision de 70 centimètres.

En Corée, ses outils suivent déjà les producteurs de soja sous contrat du groupe alimentaire Pulmuone, ainsi que des rizières de coopératives agricoles locales. La start-up a aussi convaincu l’investisseur Nova Ventures, spécialisé dans le spatial, lors d’une levée de fonds dont le montant n’a pas été communiqué.

De l’Indonésie au Brésil, des ambitions mondiales

À l’étranger, SaeFarm suivrait environ 25 000 hectares en Indonésie et mène un essai de 90 hectares en Ouzbékistan, avec le ministère de l’Agriculture local. L’entreprise revendique au total plus de 60 000 hectares surveillés dans le monde. Elle cite aussi des projets au Vietnam et en Malaisie.

En Europe, la start-up affirme mener un premier test payant avec une exploitation en Serbie. Au Brésil, elle dit valider sa plateforme sur de très grandes exploitations, dans l’espoir de signer des contrats pluriannuels. Ces derniers chiffres et projets n’ont toutefois pas pu être confirmés en dehors de ce qu’avance l’entreprise.

Pourquoi la France intéresse SaeFarm

C’est le point le plus parlant pour les lecteurs français : SaeFarm dit vouloir faire de la France sa porte d’entrée commerciale en Europe. Premier pays agricole de l’Union, l’Hexagone doit concilier rendement et normes environnementales européennes. Un outil qui promet d’économiser l’eau et les engrais sans investir dans du matériel a de quoi séduire coopératives et collectivités.

Pour son PDG, l’agriculture fait face à des pressions inédites, entre dérèglement climatique, ressources limitées et hausse de la demande alimentaire. À Lisbonne, la start-up prévoit des démonstrations en direct et des études de cas réelles. Elle cherche surtout des distributeurs, des clients professionnels et des investisseurs européens.

Tableau de bord SaeFarm SSMFM : parcelle analysée par satellite et courbes de rendement et d'humidité du sol
Le tableau de bord de SSMFM (crédit : SaeFarm)

Une promesse séduisante, encore à éprouver chez nous

L’idée a du sens. Les données satellite ne sont pas une nouveauté en agriculture, mais une IA qui les traduit en conseils concrets, sans matériel à acheter, abaisse nettement la porte d’entrée. Pour une petite exploitation, cela pourrait faire la différence.

Quelques réserves s’imposent néanmoins. Hors du CES et de la presse coréenne, la plupart des chiffres viennent de l’entreprise elle-même. Aucun partenaire français, aucun tarif et aucune date de lancement en France n’ont été annoncés. Reste aussi à voir si des modèles entraînés sur le riz coréen sauront s’adapter au blé de la Beauce ou aux vignes du Bordelais. Et vous, confieriez-vous la surveillance de vos cultures à un satellite ?

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Christiane

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