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Seoul Labs veut ouvrir le crédit aux personnes sans historique bancaire grâce au smartphone et aux cryptos

Obtenir un prêt sans le moindre historique bancaire relève souvent du parcours du combattant. Étudiants, indépendants, personnes tout juste installées dans un nouveau pays : les banques n’ont tout simplement rien à évaluer. Selon la Banque mondiale, 1,3 milliard d’adultes n’ont même pas de compte, alors que la plupart possèdent un téléphone mobile. C’est à ce public que s’adresse Seoul Labs.

Cette start-up sud-coréenne pense avoir trouvé une autre piste. Son moteur HACS (pour Hybrid Alternative Credit Scoring) calcule un score de crédit à partir de vos usages numériques. Paiements mobiles, factures, et même portefeuille de cryptomonnaies : tout peut entrer dans la balance, selon l’entreprise.

Seoul Labs annonce qu’elle présentera son outil au Web Summit 2026, à Lisbonne, du 9 au 12 novembre. Son objectif affiché : séduire des banques et des fintechs européennes. Reste à savoir si l’idée résiste aux règles strictes du Vieux Continent.

Votre forfait mobile comme garant ?

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Pour juger un emprunteur, une banque regarde d’ordinaire ses revenus et ses remboursements passés. HACS croise ces données classiques avec des signaux bien moins habituels. Selon Seoul Labs, le moteur s’appuie sur des algorithmes d’apprentissage automatique pour évaluer des critères « non financiers ».

Concrètement, l’outil peut examiner l’historique de votre portefeuille mobile et le règlement de vos factures de téléphone ou d’énergie. Il observe aussi votre activité dans l’univers crypto : actifs détenus, staking ou usage de services décentralisés. Le staking consiste à bloquer ses jetons pour toucher des intérêts. L’entreprise évoque une trentaine de critères, répartis en six familles.

Ces données ne seraient analysées qu’avec l’accord de l’utilisateur, assure Seoul Labs. L’idée : donner une chance aux profils « invisibles » pour les banques, mais très actifs sur leur smartphone. Un étudiant qui paie son forfait à l’heure depuis des années aurait ainsi quelque chose à faire valoir.

Les données restent à quai

Reste une question sensible : que deviennent ces informations personnelles ? Seoul Labs affirme que les données brutes restent stockées hors de la blockchain. Seul le score final, sous forme cryptographique, serait inscrit sur ce registre réputé infalsifiable. L’entreprise y voit un moyen de respecter le RGPD tout en empêchant toute retouche du résultat.

Le tout repose sur un système d’identité numérique décentralisée (DID) à trois niveaux. Il combine des registres publics, les vérifications d’identité des banques et un profil personnel, réunis dans l’application Super Wallet. Le moteur se veut aussi compatible avec plusieurs blockchains, sans dépendre d’une seule.

Point important : Seoul Labs ne prête pas d’argent, elle se contente de fournir la technologie. Banques, coopératives de crédit et organismes de microfinance interrogeraient HACS via une interface de connexion (API). Objectif : accélérer l’étude des prêts personnels sans garantie, la décision finale restant entre leurs mains.

Du Laos à Lisbonne

Seoul Labs ne débarque pas les mains vides. Au Laos, elle déploie une plateforme d’identité numérique pour les établissements d’enseignement, financée par l’agence coréenne de coopération KOICA. Selon l’entreprise, le projet démarre à l’Université nationale du Laos, avec cartes d’étudiant sur mobile et attestations numériques. Elle met aussi en avant un accord de 15 ans signé avec le gouvernement laotien.

Côté distinctions, la jeune pousse a reçu en juillet le CVC Innovation Award, lors du Global ImpactPreneur. Cette cérémonie est organisée par le centre de politique de Séoul du PNUD et la fondation Hyundai Motor Chung Mong-Koo. Seoul Labs revendique aussi une vérification des performances de sa blockchain par l’institut coréen KTR.

« Les systèmes de notation traditionnels ne captent pas le potentiel économique des usagers du numérique et du mobile », estime Jang Dohee, PDG de Seoul Labs. Au Web Summit, l’entreprise espère nouer des partenariats avec des prêteurs européens et mener des tests adaptés aux règles locales. L’Asie du Sud-Est reste l’autre priorité, avec le Cambodge, le Myanmar et le Vietnam en ligne de mire.

Application SuperWallet Campus de Seoul Labs sur deux smartphones
L’application SuperWallet Campus, déployée au Laos (crédit : Seoul Labs)

Seoul Labs, un pari encore à prouver

Sur le papier, l’idée a de quoi séduire. Ouvrir le crédit à des millions de personnes ignorées des banques répond à un vrai besoin. Plusieurs zones d’ombre méritent toutefois d’être soulignées.

D’abord, Seoul Labs ne publie aucun chiffre sur la fiabilité de ses prédictions. Aucune banque européenne partenaire n’est nommée, et l’entreprise présentait encore HACS en août comme un outil en développement.

Ensuite, juger un emprunteur sur ses cryptomonnaies interroge. Leur valeur peut fondre en quelques jours : un portefeuille bien garni le lundi ne vaut parfois plus grand-chose le vendredi. Un score bâti sur des actifs aussi instables risque de vieillir très vite.

Enfin, l’Europe se montre exigeante. L’AI Act classe les IA de notation de crédit parmi les systèmes « à haut risque », soumis à des obligations renforcées. Un score inscrit sur une blockchain, par nature difficile à effacer, devra aussi convaincre au regard du RGPD.

Le Web Summit dira si des prêteurs européens sont prêts à franchir le pas. En attendant, HACS reste une piste intéressante pour l’inclusion financière, à suivre avec prudence.

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Christiane

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