Corée du Sud

OnKiz : l’IA coréenne qui promet de cerner le développement d’un enfant en 30 secondes de vidéo

Filmer son enfant trente secondes avec son smartphone, et obtenir un point sur son développement. C’est la promesse d’OnKiz, la plateforme d’intelligence artificielle de la start-up sud-coréenne KARA WORKS. L’entreprise la présentera au Web Summit de Lisbonne, du 9 au 12 novembre 2026. Son objectif : séduire les crèches européennes et lever ses premiers fonds à l’international.

Sur le papier, l’idée a de quoi intriguer les parents comme les professionnels de la petite enfance. Elle soulève aussi des questions très concrètes, à commencer par la protection des images d’enfants.

OnKiz : trente secondes de vidéo, huit intelligences passées au crible

Le principe d’OnKiz part d’une scène de la vie de tous les jours. Un parent ou un éducateur filme l’enfant pendant 30 secondes avec un smartphone ordinaire, soit à peu près le temps qu’un tout-petit accepte de tenir en place. L’IA multimodale analyse alors en même temps la parole, les gestes, les expressions du visage et les échanges avec les autres.

KARA WORKS veut ainsi se démarquer des applications de suivi classiques. Celles-ci reposent souvent sur des questionnaires remplis par les parents ou des grilles cochées à la main. La start-up revendique au contraire des données « objectives », tirées de moments réels plutôt que de souvenirs.

Pour lire ces images, la marque s’appuie sur sa propre grille, baptisée OnKiz Behavioral Indicators (OBI). Elle compte 2 000 indicateurs de comportement, répartis sur huit formes d’intelligence : linguistique, logico-mathématique, spatiale ou encore musicale. Cette liste rappelle de près la théorie des intelligences multiples du psychologue américain Howard Gardner.

Le résultat ne prend pas la forme d’une note, assure l’entreprise. Pas de score ni de classement entre enfants : OnKiz met en avant les points forts repérés. Ils alimentent un journal de progression et des activités de jeu choisies pour chaque enfant, dans une logique de coaching plutôt que de diagnostic.

Côté vie privée, KARA WORKS affirme avoir conçu sa plateforme dès le départ pour le RGPD et l’AI Act européen. Selon elle, les visages et l’arrière-plan sont anonymisés dès l’envoi de la vidéo. Aucun identifiant biométrique ne serait collecté, et la technologie est protégée par un brevet, deux autres étant en cours d’examen.

OnKiz vise les crèches d’abord, les parents ensuite

OnKiz existe sous la forme d’une application pour les familles. Mais KARA WORKS mise surtout sur les professionnels, avec une API et un kit de développement (SDK). Ces briques permettent d’intégrer l’analyse aux logiciels de gestion des crèches ou aux plateformes éducatives existantes.

L’argument avancé est très terre à terre : la paperasse. Les éducateurs de jeunes enfants passent beaucoup de temps à consigner leurs observations. La start-up vise une baisse de 40 % de cette charge administrative, un objectif affiché plutôt qu’un résultat mesuré.

En Corée du Sud, la plateforme est testée à grande échelle. Un accord signé avec la fédération coréenne des crèches couvre 28 établissements et 1 600 enfants. OnKiz doit aussi être intégré à des tablettes éducatives Montessori, sans plus de précision sur leur fabricant.

L’entreprise a également été retenue par la Seoul Business Agency (SBA), l’agence de développement économique de la ville. Dans ce cadre, elle travaille avec l’université Sangji sur l’analyse des comportements à partir de caméras de vidéosurveillance. Ce projet élargit nettement le champ, bien au-delà de la courte vidéo filmée par un parent.

KARA WORKS n’est pas tout à fait une débutante pour autant. Fondée en 2022, elle s’appuie sur une expérience de terrain remontant à 2019, entre aires de jeux en réalité étendue (XR) et garde d’enfants. Elle revendique plus de quatre ans d’autofinancement, et 72 % de ses équipes techniques sont spécialisées dans l’IA ou le développement logiciel.

Londres en éclaireur, l’Europe en ligne de mire

Au Web Summit, KARA WORKS fera partie des entreprises soutenues par la SBA pour représenter Séoul. Au programme : des démonstrations en direct et des rencontres avec des réseaux de crèches, des éditeurs d’applications, des chercheurs et des investisseurs. La start-up compte y lancer sa première levée de fonds à l’international.

Sa feuille de route européenne commence par le Royaume-Uni, avant les Pays-Bas puis le reste de l’Union européenne. Pour séduire les crèches anglaises, OnKiz sera aligné sur l’EYFS (Early Years Foundation Stage). Ce cadre officiel fixe les règles d’apprentissage, de développement et d’accueil des moins de 5 ans en Angleterre.

L’argument de la marque touche un point sensible : le manque de personnel dans les crèches européennes. En automatisant une partie du suivi, OnKiz promet de rendre du temps aux équipes. La France connaît bien ce problème, mais elle ne figure pas dans le calendrier annoncé.

Ce calendrier s’étale sur deux ans. KARA WORKS espère signer des projets pilotes avec des chaînes de crèches britanniques au premier semestre 2027. Une phase de validation sur des données d’enfants européens suivra au second semestre. Le déploiement à plus grande échelle dans l’Union européenne est visé pour 2028.

OnKiz, l'application d'IA de KARA WORKS qui analyse le développement de l'enfant à partir d'une vidéo
L’application OnKiz analyse une vidéo de 30 secondes (crédit : KARA WORKS)

Filmer pour comprendre, mais à quel prix pour la vie privée ?

Sur le papier, OnKiz coche beaucoup de cases : un geste simple pour les parents, moins de paperasse pour les crèches et une approche qui valorise les points forts. Tous les chiffres avancés viennent toutefois de l’entreprise elle-même. Les taux de précision varient d’ailleurs selon les sources : plus de 90 % selon KARA WORKS, 85 % pour la détection des comportements selon la presse coréenne. Les captures de l’application publiées par la marque affichent pourtant une note par intelligence et un classement en pourcentage, loin du « ni score ni classement » promis.

La grille des huit intelligences pose aussi question. La théorie de Howard Gardner reste populaire dans le monde éducatif, mais de nombreux chercheurs la jugent peu étayée par les preuves. Repérer un talent musical en trente secondes de vidéo demandera donc des validations indépendantes.

Reste enfin la vie privée. Depuis février 2025, l’AI Act interdit les systèmes d’IA qui déduisent les émotions des personnes dans les établissements d’enseignement. OnKiz analysant les expressions du visage, KARA WORKS devra montrer clairement en quoi son outil ne relève pas de cette interdiction. Quant aux caméras de surveillance qui observent des tout-petits, l’idée risque de susciter des réserves chez bien des parents européens.

Pour l’heure, aucune date ni aucun prix ne sont annoncés en France. Le Web Summit dira surtout si les investisseurs et les crèches européennes se laissent convaincre.

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Christiane

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