Corée du Sud

UEL au Web Summit 2026 : Scarab, le rover lunaire de 2 kg qui veut tenir une semaine sur la Lune

Sur la Lune, les plus petits robots ont souvent une vie très courte. Faute de pouvoir se recharger, beaucoup s’éteignent après quelques heures de mission, à peine le temps de faire quelques mètres. La start-up sud-coréenne UEL veut changer cette règle avec Scarab, un rover lunaire de 2 kg qui se recharge grâce au soleil. Elle le présentera au Web Summit 2026, du 9 au 12 novembre à Lisbonne.

Une jeune pousse née dans l’agence spatiale coréenne

UEL, pour Unmanned Exploration Laboratory, a vu le jour en juin 2023 à Daejeon, le pôle scientifique de la Corée du Sud. Elle est issue d’un programme d’essaimage du KARI, l’agence aérospatiale coréenne, qui accompagne les projets d’exploration. Son PDG, Lee Jae-ho, a succédé au fondateur Cho Nam-suk à la tête de l’entreprise.

En trois ans, UEL a imaginé toute une famille de robots. Scarab est le plus petit, Haetae joue dans la catégorie moyenne et Ankylo se veut une plateforme modulaire. S’y ajoute un rover aux roues pliables, conçu avec l’institut KAIST. L’entreprise affirme développer elle-même toute l’électronique de bord, des batteries à l’ordinateur central, et revendique plus de 13 brevets.

Une semaine sous le soleil lunaire

Avec ses 285 × 254 × 194 mm, Scarab tient dans un grand sac à dos. Ses 2 kg se répartissent entre 1,7 kg de châssis et environ 300 g réservés aux instruments scientifiques, selon UEL. Le robot ne roule que sur deux roues, un choix qui simplifie la mécanique et limite le poids.

Son principal argument tient dans un chiffre : 168 heures, soit une semaine d’activité. D’après la marque, les micro-rovers actuels s’arrêtent après 2 à 6 heures, une fois leur batterie vidée. Scarab embarque au contraire un panneau solaire qui le recharge pendant la journée lunaire. Sur le papier, la différence est considérable pour un engin de cette taille.

Des roues en filet et un robot qui se penche

Les roues de Scarab ne ressemblent pas à celles d’une voiture. Ce sont deux demi-sphères en maille élastique qui enveloppent tout le châssis. Elles absorbent les chocs au moment où le rover est largué sur le sol, sans arceau de protection encombrant.

Pour photographier les alentours, le robot ne tourne pas sur lui-même. Il bloque ses roues et incline son corps pour orienter ses caméras. UEL assure que cette astuce réduit de 67 % les déplacements nécessaires pour réaliser un panorama. Enfin, deux caméras stéréo et une IA embarquée lui permettent de se repérer et d’éviter les obstacles seul. Sur la Lune, il n’existe évidemment aucun GPS pour l’aider.

Testé au froid, aux vibrations et aux radiations

Avant de partir, un rover doit survivre à une série d’épreuves. Selon UEL, Scarab est passé en chambre à vide entre -170 °C et +130 °C, a encaissé les vibrations d’un décollage et une dose de radiations de 50 krad. Il a aussi roulé sur du régolithe artificiel, cette poussière fine qui recouvre la surface lunaire.

Une partie de son électronique a déjà volé. L’ordinateur de bord d’UEL a fonctionné en orbite à bord d’un petit satellite lancé par Nuri, la fusée coréenne. Le 7 octobre 2026, le 5e vol de Nuri a emporté UEL-Y-Sys, un nouveau cubesat de l’entreprise. D’après elle, il a été développé avec l’université Yonsei pour tester ses futurs systèmes de commande. Ce même vol transportait des composants LG, que l’entreprise aide à qualifier pour l’espace.

Un billet déjà réservé pour 2028

Scarab ne restera pas un prototype de salon. En mars 2026, UEL a signé un contrat avec le japonais ispace pour envoyer son rover sur la Lune. Il voyagera à bord de l’atterrisseur ULTRA, lors de la Mission 3 prévue en 2028. Ce serait la première mission d’un rover lunaire coréen. L’entreprise dit aussi discuter avec Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos.

Pour financer cette ambition, UEL a bouclé une levée de 12,1 milliards de wons, de l’ordre de 7 millions d’euros. Elle compte s’en servir pour réserver des places sur des atterrisseurs, puis vendre ses images et ses relevés du sol lunaire. D’ici 2029, elle prévoit aussi de commercialiser son électronique auprès des fabricants de satellites.

Prototype de rover lunaire à deux roues d'UEL, phares allumés, sur un sol lunaire reconstitué
Un prototype de rover lunaire à deux roues d’UEL, sur un terrain d’essai qui imite le sol lunaire (crédit : UEL)

Une petite semaine, pour commencer

Scarab a de quoi séduire par sa taille et son endurance. Une semaine d’activité pour un robot de 2 kg, c’est un vrai pas en avant face à des engins qui s’éteignent en une après-midi. Le fait qu’un vol soit déjà réservé donne aussi du poids au projet.

Quelques nuances restent de mise. La plupart des chiffres avancés, des essais au gain de 67 %, proviennent d’UEL elle-même. Surtout, une journée lunaire dure environ deux semaines, suivies d’une nuit tout aussi longue et glaciale. Ces 168 heures ne couvrent donc qu’une partie du jour lunaire, et rien n’indique que Scarab survivra à la nuit. Il s’agit enfin d’un projet réservé aux agences et aux industriels, sans aucune version grand public. Et vous, suivrez-vous les premiers tours de roue d’un rover coréen sur la Lune en 2028 ?

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Christiane

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