Corée du Sud

Morphing I : le robot qui ausculte les canalisations sans creuser vise l’Europe au Web Summit 2026

Et si l’on pouvait inspecter des kilomètres de canalisations sans donner un seul coup de pioche ? C’est la promesse de Morphing I, une jeune pousse sud-coréenne déjà croisée à VivaTech 2025. Son robot Morphing-BOT s’invite cette fois au Web Summit 2026, à Lisbonne, du 9 au 12 novembre.

L’entreprise n’y vient pas en simple touriste. Elle cherche des compagnies des eaux et des collectivités européennes prêtes à tester sa solution sur le terrain. Elle compte aussi profiter du salon pour avancer sur sa levée de fonds de série A, selon ses propres annonces.

Sous nos pieds, un gaspillage à un milliard de mètres cubes

Le problème n’a rien de spécifique à la Corée du Sud. En France, près d’un litre d’eau potable sur cinq se perd dans les réseaux, selon l’observatoire Sispea. Cela représente environ un milliard de mètres cubes par an, de quoi couvrir la consommation de plus de 18 millions d’habitants.

En cause, des canalisations vieillissantes, souvent posées il y a plusieurs décennies. Pour les inspecter, il faut encore fréquemment creuser, couper l’eau ou multiplier les relevés manuels. Résultat : on répare surtout après la casse, quand la fuite a déjà fait son œuvre.

C’est ce cercle vicieux que Morphing I veut briser. Créée en 2021, l’entreprise mise sur la maintenance prédictive : repérer les faiblesses d’un tuyau avant la rupture, plutôt que de colmater dans l’urgence.

Lors de VivaTech 2025, sa cofondatrice Stella Lee résumait l’enjeu ainsi : « La plupart des villes ne savent même pas ce qui passe sous leurs pieds. » Un an et demi plus tard, la start-up revendique environ 10 milliards de wons de chiffre d’affaires cumulé depuis sa création. Elle dispose aussi désormais de filiales aux États-Unis et en Arabie saoudite.

Moins de tranchées, plus de données

Tout commence par le robot Morphing-BOT. Cet engin autonome se faufile dans les canalisations souterraines, sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir la chaussée. Il y filme les parois en haute résolution et relève des mesures grâce à plusieurs capteurs. En 2025, l’entreprise évoquait une caméra, des capteurs acoustiques et un LiDAR.

Ces données passent ensuite à la moulinette de l’intelligence artificielle. Des modèles d’apprentissage automatique y repèrent les défauts de structure, la corrosion, les joints déboîtés ou les premiers signes d’usure. À VivaTech 2025, la start-up revendiquait une précision de 95 %, validée selon elle par l’organisme coréen TTA.

La plateforme ne se contente pas d’un état des lieux. Elle tente aussi de prédire les pannes : quel tronçon risque de céder, à quelle échéance et avec quelles conséquences. Un jumeau numérique, une copie virtuelle du réseau, permet ensuite de comparer plusieurs scénarios d’inspection et de réparation.

Au bout de la chaîne, l’outil classe chaque portion de canalisation selon son niveau de risque et l’urgence d’intervenir. L’objectif affiché : aider les collectivités à répartir des budgets publics limités, sans remplacer trop tôt des tuyaux encore en bon état. Sur le papier, la logique se tient. Reste à voir comment ces prédictions résistent au terrain européen.

Morphing I : des trophées à la pelle, des contrats à confirmer

Côté vitrine, Morphing I n’a pas à rougir. En 2024, la start-up a remporté le concours de pitch IA de l’espace start-up IFA Next, à Berlin. En 2025, elle a été retenue parmi les lauréats du programme AI for Good de l’Union internationale des télécommunications (ITU), l’agence de l’ONU dédiée au numérique. Sa méthode y figure dans le rapport officiel.

L’entreprise cite d’autres distinctions, dont un prix « AI for Efficiency » décerné en marge du Sommet pour l’action sur l’IA organisé à Paris en 2025. Elle revendique aussi une place dans le top 2 de la Startup World Cup de la Silicon Valley. Une collection flatteuse, même si toutes ces récompenses ne pèsent pas le même poids.

Sur le terrain, Morphing I affirme mener une démonstration avec la compagnie pétrolière nationale saoudienne. À Singapour, elle travaille selon elle avec l’agence technologique du ministère de la Défense (DSTA) sur l’inspection de canalisations. Au Qatar, un projet de recherche avec l’université du Qatar vise à adapter ses outils aux grandes cuves de stockage de pétrole.

Le robot conçu pour l’eau lorgne donc déjà vers le pétrole et le gaz. En Corée, l’entreprise avait auparavant mené des démonstrations avec plusieurs collectivités locales, dont Jeju et Jeonju. Ces projets internationaux restent toutefois décrits par la seule start-up, sans détail public sur leur ampleur.

L’Europe, le test grandeur nature pour Morphing I

À Lisbonne, Morphing I vise un objectif précis : décrocher ses premiers projets pilotes européens. La start-up cible les régies des eaux, les collectivités et les opérateurs d’infrastructures. Ces essais doivent montrer si ses prédictions aident vraiment à planifier l’entretien et les dépenses, dans le respect des normes européennes.

En parallèle, l’entreprise cherche des partenaires dans l’ingénierie énergétique pour adapter son robot aux oléoducs et gazoducs sous haute pression. Grâce à sa série A, elle veut étoffer ses équipes de terrain et affiner ses algorithmes. À terme, elle espère vendre un service de surveillance continue plutôt que des inspections ponctuelles.

L’ambition est réelle, mais le chemin reste long. Les chiffres et la plupart des contrats cités proviennent de l’entreprise elle-même, et aucun projet pilote n’est encore signé en Europe. Quant au Morphing-BOT, il ne s’adresse pas aux particuliers : il n’a ni prix public ni vocation à finir dans vos placards. Si votre facture d’eau baisse un jour grâce à lui, ce sera par l’intermédiaire de votre commune.

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Christiane

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