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The Dead Don’t Die – Notre Critique

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Après les zombies, voilà que Jim Jarmusch s’attaque aux zombies, en s’entourant d’un casting gargantuesque et en apportant sa patte unique. Tant de raisons qui nous poussaient à croire que « The Dead Don’t Die » ouvrirait en beauté cette édition prometteuse du festival de Cannes. Critique sans spoilers. 

Cadavre pas très exquis

Vampires mélancoliques, taulards en quête d’identité ou Samouraï solitaire : Jarmusch s’est toujours livré à une critique acerbe de la société, en suivant le destin de ces marginaux. Lorsqu’on apprit donc sa volonté de se lancer dans le film de zombies. Nous étions donc évidemment plus qu’enthousiasmés. De plus, ce ne sont ni le casting cinq étoiles, ni la promesse d’un humour décalé et délicieux qui nous firent dire le contraire. C’est donc avec la bave aux lèvres que nous nous sommes lancés dans ce « The Dead Don’t Die », ouvrant la cérémonie de Cannes. Une Ouverture qui, avouons-le, n’a finalement pas beaucoup de mordant…

En effet, ne mâchons pas nos mots : « The Dead Don’t Die » a tout d’une déception monumentale, surtout pour l’auteur du-quelle elle provient. On attendait une parodie audacieuse de ce genre éculé ou une critique sociale avec le mordant récurrent de Jarmusch. Finalement, on obtient uniquement ni drôle, ni osée, ni plaisante.

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Daube of the dead

Dans ces précédentes œuvres, Jarmusch a toujours su distiller un humour savamment dosé et subtilement écrit, dans des œuvres aux propos pourtant très pessimistes. Ici, le long-métrage surprend, par son incapacité à provoquer ne serait-ce qu’un sourire. Effectivement, la douce ironie du cinéaste semble avoir totalement disparu, au profit d’un comique de bas-étage. Certains de ses gimmicks d’écriture sont de retour, mais réduits à une utilisation purement futile et inefficace.

On pense notamment au jeu des répétitions, toujours omniprésent dans des œuvres comme « Paterson » ou « Broken Flowers », mais qui se limite ici à un comique de répétition primaire et absolument pas recherché. La scène du dinner, vue dans la bande-annonce, en est le parfait exemple : fidèle au travail de Jarmusch, mais sans la subtilité jadis présente. Sans compter les références grossières à certaines œuvres de pop-culture ou l’humour méta hors propos qui viendront nous faire changer d’avis. Et ce ne sont pas les quelques séquences réussies qui viendront sauver cet océan de lourdeur. Pire, ladite reprise ad nauseam des mêmes effets comiques va jusqu’à casser un rythme, déjà bien boiteux.

De même, la gestion savante du ton est radicalement absente. Oubliez le tragi-comique parfaitement orchestré et faites désormais place à une oeuvre toujours décalée, mais jamais sérieuse.

I’m thinking zombies

Ce qui nous amène justement au deuxième point problématique : le genre en question. Comme dit auparavant, un film de zombies par Jarmusch promettait une relecture du genre, à la manière de son « Only Lovers Left Alive ». Encore une fois, la désillusion est de mise, car « The Dead Don’t Die » semble incapable de reprendre le mythe du zombie, tant visuellement que scénaristiquement.

En effet, Jarmusch ne va jamais adapter sa mise en scène au genre. Il reprend donc ses effets habituels, sans jamais bouleverser la recette. Problème : son style poseur ne se mélange absolument pas avec la thématique des morts-vivants. Ne comptez alors pas sur une réinvention quelconque du genre et ses classiques, pourtant maintes fois cités.

Sa réalisation, certes élégante, ne parvient pas également à appuyer les différentes situations burlesques de l’oeuvre et va même faire tomber à plat certaines d’entre elles. Au final, on ne parvient qu’à admirer la photographie classieuse de Frederick Elmes, au milieu de cette mise en scène inégale et inadaptée.

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On ne meurt que deux fois

Au niveau scénaristique, le traitement des fameuses créatures est effectué par-dessus la jambe. Pour proposer une « satire » de notre société consumériste et, un peu, de l’Amérique Trumpiste. Les guillemets sont très importants. Ladite satire semble avoir été écrite par notre grand-père conservateur. Ainsi, leurs activités se calquent sur les lobbys qu’ils avaient, dans leur vie antérieure. Certains sont en quête du WIFI, d’autres cherchent leur dose de café, etc. Une idée qui paraît plutôt bonne, si l’auteur le développait un tant soit peu et arrêtait de la déblatérer pendant 1h40. Un certain Edgar Wight et son « Shaun Of The Dead » faisaient mieux, en seulement deux séquences.

La profondeur des personnages est aussi sacrifiée sur l’autel de l’humour gras, précédemment évoqué. Car, ne vous méprenez pas, tous les stéréotypes de protagonistes ne vont jamais plus loin que ça, dans la dénonciation sociale. Par exemple, le personnage de Buscemi résume parfaitement l’oeuvre, et plusieurs de ses arcs narratifs : Riche en idées, mais qui n’aboutit finalement à rien.

On en ressort donc avec l’impression désagréable que Jarmusch se refuse à « rabaisser » son style aux poncifs du genre.

Adam Smart’s Driver

Au milieu de toute cette mascarade, le casting « à réveiller les morts » semble être notre dernier espoir. Hélas, ces derniers peuvent se rendormir sur leurs deux oreilles, car ce n’est pas cette myriade d’acteurs qui parvient à nous réveiller d’un ennui mortel. Sur le papier, celui-ci avait tout pour plaire et semblait regrouper toutes les stars habituées au style de Jarmusch. Malheureusement, malgré leurs performances très réussies, c’est surtout leur exploitation qui pêche. De ce fait, tous sont finalement rabaissés à des rôles purement accessoires et très vite expédiés. Seul le trio Bill Murray/ Adam Driver/ Tilda Swinton réussit à faire sourire, par leur entrain communicatif.

Conclusion

« The Dead Don’t Die » a tout d’une déception à la hauteur de nos énormes attentes. A l’inverse de « Only Lovers Left Alive », Jim Jarmusch semble incapable de moduler son style, afin de réinventer le mythe du zombie. Ce n’est pas l’humour de bas-étage ou la critique paresseuse d’une société en perdition qui viendront nous sauver d’un ennui mortel. Loin de là…

 

The Dead Don't Die

4.8

Réalisation

5.5/10

Bande-Originale

4.5/10

Scénario

3.0/10

Casting

6.0/10

Points positifs

  • La mise en scène plutôt efficace, par moments...
  • Le casting, qui arrive à nous décrocher de rares sourires.
  • La photographie élégante de Frederick Elmes

Points négatifs

  • ... mais qui ne s'adapte absolument pas au genre et à certains traits comiques
  • ... mais pas du tout exploité, pour beaucoup.
  • L'humour raté, sans la subtilité des précédents Jarmusch
  • La critique sociétale laborieuse et déjà-vue
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Tags
Cannes2019 Jarmusch The Dead Dont Die

Paul

Rédacteur Cinéma - Jeune passionné du septième art, je partage mon avis sur diverses œuvres et débat de l'actualité cinématographique.

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